On
n'a jamais autant parlé d'inclusion sociale des personnes
handicapées. Le problème, c'est le représentation du handicap que
se font les pouvoirs publics et la société. Comme il y avait
autrefois le "bon" immigré, il y a aujourd'hui le "bon"
handicapé. Le "bon" handicapé, c'est celui qui correspond
exactement aux mesures, finalement peu dérangeantes, que l'on
est prêt
à prendre
pour l'insérer. Le "bon" handicapé est assis dans un
fauteuil roulant - devenu le symbole même du handicap -,.
Voici
un extrait de mon livre "en préparation"
Lundi
1 juin 2003 : jour 1
Il
y a certaine personne qui en 30 minutes creno sont capable de filer
sous la douche et d’avaler leur café et leur 3 tartines beurré et
d’enfilé leur manteau et s’en vont d’un pas dynamique en se
disant « super à la pause café, un petit tétris.
Et
il y a moi qui met plus d’une heure à me préparé pourtant croyez
moi, je suis naturelle, juste un rouge à lèvres posé, seulement du
fait de mon handicap, je suis très lente, une vrai tortue. Alors que
le lièvre dors encore moi, je suis déjà debout, assise sur mon
tabouret de douche, je fini ma nuit. Stop, on n’y va, je commence
mes exercices. Le haut ça va, tout du moins je me le persuade car
l’autonomie est essentiel pour moi. Je m’attaque « au bas »
un vrai travail d’assouplissement m’ai demandé. Quand je parle
d’assouplissement je ironise évidement.
Le
moment de l’habillage arrive que c’est laborieux et aujourd’hui,
je ne déroge pas à la règle.
Le
biberon à préparer et oui, je suis une heureuse maman.
A
peine le temps d’avaler une tartine et mon bol de chocolat que
voilà qui me bat à attacher mon bébé dans la voiture.
A
mon tour, je me tord en 4 pour enfin réussir à attacher ma ceinture
de sécurité.
Encore
un exploit : levée 5 h 53 et il est 7 h 49, je suis prête pour ma
journée, portant, je
suis déjà bien fatiguée. Aller, je chasse ma fatigue, la voiture
se met à ronronner, je démarre, il est 7 h53
Moi,
presque 26 ans, un enfant de 4 mois, une démarche chaloupée je
rentre dans la fonction publique.
Une
joie immense m’envahie, l’espoir d’une nouvelle vie, je dépose
mon petit bout de choux chez nounou en l’embrassant bien fort.
Appart
- Nounou - boulot se font en 21 min crono, j’ai l’impression
d’être devenu « turbo », je fonce comme une flèche,
le paysage défile, je dois arriver à l’heure, on m’attends pour
8h30.
Enfin,
me voilà à la porte, deux gendarmes me demande mon laisser passer,
avec une grande fierté je leur présente ce petit bout de papier qui
me fera devenir fonctionnaire.
8h
23
Mon
sourire s’effaça bien vite quand je vis que mon arrivée n’avais
pas été préparée. Une table pliante et une chaise allaient être
mes compagnes d’infortune pendant plus de 10 jours.
Bon
d’accord, je suis pas le ministre de la défense, où quand
celui-ci se déplaçait dans notre charmante ville, tout le monde
était au courant jusqu’à la femme de ménage. La feuille de
service était judicieusement préparée, cérémonie et une belle
décoration à l’entrée de notre immeuble. Tant qu’a moi on
m’emmenait soigneusement une chaise dans les premiers rangs,
j’aimais me rendre aux cérémonie, d’autres préféraient rester
dans leur bureaux à l’étage, mais on voyais tout de même
quelques têtes apparaitre aux fenêtres. Tant qu’a moi, je devais
rester « dans mes quartiers » questions de sécurité,
pas d’ascenseur, cependant, je fraudais parfois, je me rendais aux
étages pour voir un peu ce qui se passait.
En
tout cas, assisse, sur ma misérable chaise j’attendais, qu’un
regard attentif veuille bien se poser sur moi.
Durant
une décennie, chaque matin de semaine, je débutais ma journée de
boulot invariablement en décalage d’avec mes collègues. À peine
insérée dans les opaques murs de la fonction publique,
j’emménageais déjà dans un hermétique univers parallèle
quelque part, à l’intérieur de mon crâne. En naviguant dans les
corridors familiers, je regardais mes collègues, droit dans les
yeux, tout en prononçant un "bonjour" bien audible S’ils me saluaient
spontanément en premier, je leur rendais un salut mécanique en
retour, agrémenté des mêmes paroles que celles qu’ils venaient
tout juste de prononcer. Si aucune parole ne leur échappaient, s’ils
me regardaient de côté en attente sans doute d’un premier signe
amical de ma part, je hochais la tête, avec un léger sourire.
Moi, dans le questionnement interne du pourquoi ils n’avaient rien
dit en me voyant. Eux, dans le malaise et l’inconfort de croiser
cette collègue qui sortait
de leur cadre habituel, mon énergie s'amenuisait un peu...mais
malgré tout, le bonheur d'avoir, été intégré dans la fonction
publique était intense car peu de gens ont cette chance et j'avais
réussie.
Dans
mon travail que j'aimais pourtant, trop peu de relationnel, j'avais
l'impression d'être en marge de mes collègues, une vie collective
une hiérarchie, tellement de paramètres à mesurer, réguler, Et
malgré mes efforts d'intégration, je sentait le sol s'ouvrir et me
sentait glisser, doucement....la force me manquait. Mes activités
étaient toujours répétitives et simples alors que je pouvais
prétendre à mieux, ces moments conventionnels dans l'entreprise
étaient juste devenu un cauchemar pour moi. J' allais respirer dans
les toilettes....régulièrement, juste pour « ôter le poids »
de leur non reconnaissance, J'étais en apnée toute la journée, sur
les derniers mois de mon activité professionnelle, les moments de
repas, où toutes les collègues prenaient du plaisir à se retrouver
alors que mangeais toujours seule, les quiproquos et
incompréhensions, avec la hiérarchie, commençaient à peser. De
nouveau j'étais redevenue « bizarre », étrange, ne
désirant plus bavarder sur les comérages du lundi....de nouveau, la
bulle s'épaississait, je ne pouvais plus interagir....comme enfermée
dans celle ci, J'avais même commencé a prendre des subterfuges
chimiques de type opiacés, et à faire travailler ma machine «
de faire semblant de » pour « fonctionner » le plus
classiquement possible... J'ai tenté cette fois d'aller au bout de
ma démarche, comprendre pourquoi je ne pouvait pas, être intégrée
« comme les autres » malgré tous mes efforts...la
machine était définitivement cassée. Au sein du ministère
de la défense en 2002, on comptait 45616 fonctionnaires titularisés
dont 9437 dans la marine national. 90% des travailleurs handicapés
n’ont besoin d’aucun aménagement de poste. La loi du 11 février
2005 à énormément bouleversées les attitudes mais dans le fond la
réalité est tout autre. Depuis 2006, on distingue plus les
catégorie A B ou C selon la lourdeur de l’handicap. Pour ma part,
j’étais classé en catégorie C, donc handicap lourd. Au ministère
de la défense il y avait 2.9 % de travailleurs
handicapés, dont MOI. Pourtant, oui pourtant je ne renonce pas et j'essaierai de passer ce chameau dans le chas de l'aiguille.

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