dimanche 29 novembre 2015

Maman j'aimerai ne plus être handicapé mais être normal




Mais quel est donc cet étrange concept qu’on nomme avec assurance la normalité?

On pense bien à tort que le terme « normal » veut dire adéquat et correct. On croit que ce qui est normal est approuvable et approuvé à coup sûr. Ce qui est normal serait donc le concept ou la marche à suivre aveuglément. En fait, normal veut dire « qui est conforme à la norme » et la norme, c’est le standard créé par la majorité des individus. La normalité serait donc le dénominateur commun qui rallie le plus de monde, par rapport à un point de référence, sur un sujet donné. Une chose est normale quand elle correspond à ce que le plus grand nombre accepte, trop souvent même juste par habitude et sans remise en question ou réajustement occasionnel.



Donc, par opposition, ne pas être normal, ne veut pas dire être incorrect ou avoir systématiquement tort. Ça veut tout juste signifier que l’on diffère de la majorité. Pourtant de nos jours, ne pas être normal est une insulte qui fait longer des murs de plâtre défraichis et ronger avec rage des moulures de porte en bois sculpté. Car attention, il faut avant tout éviter que le pied gauche ne dépasse de la double ligne rouge admise, sinon c’est le sifflet réprobateur de l’arbitre qui retentit. Et se démarquer négativement, il faut l’éviter par tous les moyens possibles.


La société veut plus ou moins forger tout le monde sur un modèle semblable et des critères précis concernant ce qui est acceptable. C’est une entité tentaculaire qui s’agrippe à toutes les sphères de notre vie. Mais n’est pas normal qui veux. L’effort demande un réajustement pointilleux et constant des personnes concernées. Ainsi que beaucoup de précieuse volonté. À chaque jour, des individus inquiétés de leurs réactions propres et de leurs plus intimes émotions posent autour d’eux d’importantes questions, la lèvre inférieure tremblotante : « Suis-je normal? », « Quand ça vous arrive, vous faites quoi vous autres? », « Qu’est-ce qui est normal, dans ce cas-là ? », « Si je choisis le bleu au lieu du vert, est-ce que je vais paraître anormal? ». Et j’en passe. On ose parfois, dans l’oubli de ma différence physique et la différence des connections des neurones de mes enfants de me poser la question comme si j’étais une référence potentielle en la matière. En vérité je vous le dis, un grand nombre d’individus autour de vous galèrent sans arrêt pour demeurer dignement dans la norme. Plusieurs passent peut-être tristement à côté du sens profond de leur vie, le besoin du normal empêche peut-être chacun d’être lui-même et de se questionner sur ses besoins propres.

Mais pourquoi autant de coups énergiques de pagaie ou de foulées fermes avec des chaussures griffées de coureur de fond sont-ils aussi nécessaires pour demeurer dans cette étouffante normalité? Bien sûr, les gens se réconfortent dans le moelleux divan de velours rose antique de la normalité. Elle permet de s’identifier à ses semblables, d’éviter le jugement et le rejet. Elle permet d’appartenir à un groupe approuvé et certifié du sceau de l’excellence c’est à dire de suivre les codes et les normes acceptés. La normalité donne des barèmes et permet à l’individu de savoir le comportement attendu à adopter, les valeurs profondes à intégrer, les objets à se procurer pour projeter une certaine image souhaitée et les statuts sociaux qui sont à privilégier.

Quand n’importe quoi pourrait être la norme, finalement

Mais arrêtons-nous un bon 10 secondes. Pas plus. Juste pour y penser un petit peu. Donnons-nous un exemple extrême pour frapper l’imaginaire une bonne fois pour toutes. Imaginez que la majorité des gens mangent leurs kiwis avec la pelure comme on le fait avec bon nombre de fruits. Alors, pour tous, manger un kiwi en conservant sa pelure intacte serait sans questionnement l’immuable normalité. L’individu qui par un beau jour ensoleillé en plein pique-nique familial pèlerait soigneusement son kiwi au vu et au su de tous serait tout de suite pointé du doigt avec indignation et jeté en pâturage aux lions. Ce serait la grande hérésie et le chaos total dans les chaumières. Déballer le fruit exotique avant de mordre dans sa chair serait absurde et anormal.

Bien sûr, ce serait un comportement qualifié sans hésitation de déviant. La personne serait questionnée, taxée de gaspilleuse, passerait pour excentrique. « Tu jettes le meilleur! », lui dirait-on avec le plus grand naturel du monde. Je sais et je l’avoue sans crainte, l’exemple est manifestement farfelu. Mais bon nombre de situations, comportements ou paroles jugées normales le sont évidemment tout autant. La norme n’est pas toujours logique. La norme est créée par l’usage. Un usage dont souvent on ignore même l’origine.

Acceptable, le normal?

Pourtant, le normal devient l’idéal de vie, l’accepté et l’acceptable. La normalité actuelle quand on la regarde objectivement, est pourtant souvent cruelle, sombre et injuste. Elle est faite d’indifférence à l’autre, d’individualisme, d’incompréhension mutuelle et de rejet sans appel de ce qui dérange. La normalité est imparfaite de manière insultante : elle supporte les guerres en disant que les peuples ont toujours agit ainsi en cas de malentendus considérés insolubles. J'aime les films historique, tout particulièrement la traversée du peuple noir, j'ai regardé 12 years a slave et Mandela et je trouve abérant de traiter ces personnes de « nègres » et de les avoir fais esclaves, et Mandela, un grand homme, il pardonné et a appris le langage de ses bourreaux pour mieux les comprendre,


Nous portons tous une différence visible ou pas, pourtant il semble qu’il y ait des individus qui sont des « accros à la normalité ». C’est-à-dire que dès que quelque chose déroge de la norme connue ou qu’une parole ou une blague n’est pas selon le modèle de base familier, ils vont souligner toutes nos différences comme autant de fautes dignes de la peine de mort. La discrimination envers l’individu différent, son exclusion, sont alors au rendez-vous. Ces individus font sentir les personnes « divergentes » comme autant d’êtres vivants incorrects et à bannir d’un simple balayement du revers de la main. Ils s’accrochent au moule de la normalité, comme à un livre de saintes paroles, sans la moindre nuance possible.

Hors du moule de la normalité, point de salut?


La norme admise n’est écrite nulle part, sauf dans quelques rares domaines. Mais dans le petit quotidien, les panneaux indicateurs se font rares. La normalité fait partie de l’implicite, de ce qui est transmis par osmose aux individus perméables. Et y déroger coûte cher à tous ceux qui osent s’aventurer dans les eaux agitées de la différence. Plus une personne contraste avec la normalité, moins on tolèrera ses attitudes et ses comportements. Elle sera bizarre, excentrique ou dérangée. Elle sera mise à l’écart, peu importe la cause de sa différence.
En vivant l'handiparentalité avec enfants a besoins particuliés, je suis toujours en décalé avec la norme. J’y suis imperméable, je commence seulement depuis quelques années à prendre connaissance de son existence et de son influence si considérable. Et elle me terrifie par son manque de souplesse et d’inclusion. Ce qui est conçu comme normal : se faire des amis, posséder la plus grande résidence du quartier, suivre la mode du moment avec grâce, dire le mot juste au bon moment et taire certaines pensées légitimes par souci de l’image de soi, être la maman d'enfants qu'on invite aux anniversaires tout cela est le contraire de moi. Je vis toujours en différé, comme une émission en reprise de sa diffusion originale, rejouée plus tard au cours de la semaine, tard dans la nuit, aux heures de faible écoute.

Quand je regarde le monde autour de moi, il y a des moments fréquents ou je me sens correcte et où j’ai l’impression que c’est la société autour de moi qui ne l’est pas, un peu comme cet ami qui a des cheveux longs, avec son air décontracté et depuis son adolescence se défend avec cette expression : « les cheveux ça se coupent mais la connerie, nous pouvons pas la couper », Cette société faite de paradoxes flous, injustes et compliqués pour rien. Imaginez de vivre dans un monde où tout est prévu pour les personnes en situation de handicap et vous valide, vous serez à votre tour en situation de handicap car rien n'aura été prévu pour vous, La différence n’est-elle pas mieux que la normalité dans la mesure où elle apporte un éclairage plus clair et nouveau sur les vieilles tendances qui sont dépassées? Et si chacun au lieu de chercher à se conformer cherchait à se différencier et uniquement pour de bonnes raisons. Ainsi on pourrait espérer aboutir à plus de tolérance. Et on verrait que le monde, au-delà de la normalité et de la prévisibilité, a beaucoup de nouveautés multicolores à offrir.



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